Le taux du livret A passe à 1,7 % au 1er août 2026, après avoir stagné à 1,5 % depuis février.
Le produit enregistre pourtant sa pire collecte au premier semestre depuis le début de la série statistique, avec des retraits nets significatifs mois après mois. Malgré ce mouvement, plus de 83 % des Français conservent leur livret A ouvert. L’écart entre décollecte et taux de détention raconte une histoire plus nuancée qu’un simple désaveu.
Formule de calcul du taux du livret A : ce que le passage à 1,7 % implique
La formule combine la moyenne semestrielle du taux interbancaire €STR et la moyenne semestrielle de l’inflation hors tabac, divisées par deux, avec un plancher à 0,5 %. Le résultat est arrondi au dixième de point le plus proche.
Sur le premier semestre 2026, l’€STR a légèrement progressé tandis que l’inflation restait contenue. Le taux théorique dépassait 1,5 %, ce qui a conduit le gouverneur de la Banque de France à recommander 1,7 %. Le ministère de l’Économie a entériné cette préconisation sans modification.
Le LEP obéit à une logique différente. Sa formule intègre davantage la composante inflation. Malgré un recul des prix à la consommation qui aurait pu tirer le taux vers 2,2 %, le taux du LEP reste fixé à 2,5 % au 1er août 2026. Le gouvernement a appliqué le taux plancher pour préserver l’attractivité du produit auprès des ménages modestes.

Décollecte du livret A au premier semestre 2026 : ampleur et mécanismes
Les retraits nets se sont poursuivis en juin 2026 selon les données de la Caisse des Dépôts, prolongeant une tendance amorcée dès le début d’année.
La Banque Postale documente précisément le phénomène : ses encours d’épargne réglementée atteignent 88 milliards d’euros au 30 juin 2026, en baisse de 2,3 % sur un an. Les encours de livret A de bilan reculent de 2,9 % sur la même période. Son rapport semestriel identifie explicitement les arbitrages des clients vers des produits plus rémunérateurs.
Le schéma est connu. Les épargnants ne clôturent pas leur livret A. Ils allègent le montant qui y stagne pour rediriger le surplus vers des fonds euros d’assurance-vie, des comptes à terme ou des SCPI.
Encours globaux et taux de détention : deux signaux contradictoires
L’ensemble de l’épargne réglementée (livret A, LDDS, LEP) représentait près de 950 milliards d’euros d’encours fin 2025 selon la Banque de France. Ce stock reste massif malgré la décollecte du premier semestre. Le taux de détention de 83 % montre que le livret A conserve sa fonction de coffre-fort liquide.
Le montant moyen par livret A avoisine 7 554 euros, avec de fortes disparités. Derrière cette moyenne coexistent des livrets quasi vides, simples comptes d’attente, et des livrets au plafond de 22 950 euros mobilisés comme matelas de sécurité intégral.
Rendement réel du livret A face à l’inflation : un écart à surveiller
Le rendement réel du livret A devient négatif dès que l’inflation annuelle dépasse 1,7 %. Dans ce cas, le capital perd du pouvoir d’achat année après année.
L’exonération totale d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux rééquilibre partiellement la comparaison avec d’autres placements. Un compte à terme affiché à 2,5 % brut ne rapporte que 1,75 % net après prélèvement forfaitaire unique de 30 %. Face au livret A à 1,7 % net, l’écart se réduit à quelques centièmes.
- Livret A à 1,7 % net : aucune fiscalité, liquidité totale, plafond de 22 950 euros
- LEP à 2,5 % net : réservé aux foyers sous plafond de revenus, plafond de 10 000 euros
- Compte à terme à 2,5 % brut : environ 1,75 % net après flat tax, capital bloqué sur la durée choisie
- Fonds euros d’assurance-vie : rendement moyen variable selon les contrats, fiscalité avantageuse après huit ans, frais de gestion à déduire
Pour les ménages éligibles, nous recommandons de remplir le LEP au plafond avant d’alimenter le livret A, puis d’arbitrer le surplus vers des supports à terme si l’horizon de placement le permet.
Livrets réglementés et financement du logement social : le circuit collectif
Les fonds centralisés du livret A et du LDDS à la Caisse des Dépôts financent le logement social et la politique de la ville. Cette affectation justifie en partie le maintien d’un cadre attractif même quand le rendement faiblit : chaque euro collecté sur un livret A alimente un circuit de financement public.
La décollecte réduit mécaniquement les ressources disponibles. Si le mouvement s’amplifie, la Caisse des Dépôts devra se tourner vers des emprunts de marché, potentiellement à des conditions moins favorables. Le relèvement à 1,7 % vise aussi à contenir cette sortie de capitaux.

Plafond du livret A : un paramètre rarement modifié
À 22 950 euros, le plafond du livret A limite l’intérêt du produit pour les épargnants disposant d’un capital supérieur. Un relèvement augmenterait la collecte mais alourdirait le coût pour l’État, garant de la rémunération. Aucune annonce de modification n’est prévue à ce stade.
Le livret A reste un outil d’épargne de précaution calibré pour sa fonction première : disponibilité immédiate, capital garanti, fiscalité nulle sur les intérêts. En attendre un rendement patrimonial relève d’un malentendu sur sa nature. Au-delà du matelas de sécurité, d’autres supports prennent le relais, à condition d’accepter une part de contrainte (blocage, fiscalité, risque).

